Il est de fait que la consommation d'énergie que connaît le monde actuellement - et plus encore celle qu'il s'apprête à connaître si nous prolongeons les tendances - est excessive si nous entendons que notre monde soit "durable". Cette assertion se base notamment sur un triple constat, désormais bien connu :
les ressources énergétiques que nous utilisons actuellement sont essentiellement (plus des trois quarts) des ressources fossiles (charbon, pétrole, gaz). Ce sont des énergies de stock (nous nous en servons par ponction sur un stock), et le stock, quoi qu'inconnu avec précision, est limité. A une échéance indéterminée, mais de manière certaine, nous ferons sans.
ces ressources fossiles contribuent puissamment à l'accroissement de l'effet de serre (lecture conseillée avant ce qui suit), dont les effets sont irréversibles à l'échelle d'une vie humaine. La différence entre ce que nous émettons actuellement et ce qu'il faudrait émettre pour stabiliser les concentrations n'est pas mince !
Le mode de vie des sociétés "en développement" et le nôtre étant destiné à converger, par suite de la circulation rapide de l'information (je suis de ceux qui pensent que, en laissant les choses se faire d'elles mêmes, la société de l'information renforce la société de consommation), il n'est pas possible qu'il converge vers un niveau de consommation qui est le nôtre actuellement : appliquer à 9 milliards d'individus mon style de vie ou le vôtre ne permet pas de "tenir dans la boîte" (quelques calculs peuvent se trouver ici)
Un monde "énergétiquement vertueux" serait donc un monde compatible avec l'idée du développement durable (encore que d'aucuns feront remarquer, non sans raison, que le développement est, par essence, non durable, et qu'il vaudrait mieux parler de "sous-développement acceptable" !). Nous devrions en particulier éviter :
de créer ou accroître une dépendance peu réversible à court terme envers une énergie de stock (les énergies fossiles en font partie), un tel système débouchant inéluctablement sur la pénurie,
de laisser aux générations futures (à commencer par nos enfants et petits enfants) plus de déchets (de toute nature, le CO2 en faisant partie) à gérer qu'ils n'en sont capables sans dommages ou diminution forte de leur qualité de vie par rapport à la nôtre.
En partant de ce postulat, à quoi ressemblerait très concrètement une société énergétiquement vertueuse ?
Dans le cadre d'une tentative, nécessairement modeste, de clarification (ou plutôt de débroussaillage à la serpe) du débat, j'ai essayé de lister ci-dessous quelques implications que cela engendrerait pour notre vie au quotidien, pour l'économie et pour l'individu lambda.
Ce qui suit n'est pas destiné à être un "vade-mecum" pour dictateur écologiste mais juste ce qui constituerait quelques conséquences plus ou moins logiques d'un choix de "vertu énergétique". Ce choix n'est bien entendu pas "obligatoire" (sinon ce n'est plus un choix).
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Nous n'avons probablement pas droit au niveau actuel
de consommation énergétique.
On ne produit pas d'énergie sans produire de déchets ou d'effets indésirables : il n'existe de ce fait aucune source d'énergie qui soit totalement propre. J'ai essayé (ci-dessous) de hiérarchiser les énergies en fonction des déchets qu'elles engendrent. Il ne s'agit pas de qualifier les effets ressentis par la population mais les conséquences factuelles.
Pour chaque source d'énergie la couleur utilisée classifie l'ampleur des conséquences (par exemple un dérèglement climatique est une conséquence de très grande ampleur, mais la plantation de la moitié de la France en bois de chauffage le serait aussi !) et le degré d'irréversibilité : pour l'effet de serre par exemple, le phénomène est irréversible à l'échelle d'une vie humaine. (1) à l'échelle d'une vie humaine (2) cf. ci-dessous après le tableau (3) une éolienne prise isolément n'induit bien entendu qu'un désagrément visuel assez faible. Cette assertion est faite dans l'hypothèse où cette forme de production se développe un tant soi peu. |
D'aucuns trouveront curieux, probablement, que je ne qualifie pas l'énergie nucléaire comme très dangereuse. Mais une analyse objective des chiffres montre que c'est pour le moment une des formes les plus propres qui soit de production d'électricité concentrée :
le nucléaire français produit 80% de notre électricité et engendre 110 m3 de déchets de haute activité par an (soit un carré de 10 m de côté et de 1 m d'épaisseur, ou encore le volume de 10 voitures). Par comparaison :
l'industrie française produit environ 10 millions de m3 de déchets toxiques par an, soit 10.000 fois plus (chaque Français est indirectement responsable de 3 tonnes de déchets industriels par an, environ),
la même électricité faite au charbon - sans parler des émissions de gaz à effet de serre - engendrerait de l'ordre de 20 à 30 millions de m3 de cendres, soit 20.000 fois plus, cendres qui sont aussi toxiques (elles contiennent des tas de résidus dangereux) et dont le lessivage par la pluie, par exemple, conduit à des pollutions de nappes phréatiques.
le nucléaire civil a tué quelques centaines de personnes (Tchernobyl compris) dans toute son histoire (Les Nations Unies en mentionnent 35 ; Nations Unies/APELL). En comparaison :
Les mines chinoises de charbon tuent probablement quelques milliers de personnes par an (l'ordre de grandeur m'a été confirmé par des charbonniers, mais le chiffre exact est très difficile à obtenir), et les mines ukrainiennes quelques centaines.
Conduire en voiture tue près de 100.000 personnes par an dans les pays de l'OCDE (soit un peu moins de 300 par jour) sans compter la pollution, que l'on soupçonne d'en tuer deux fois plus (Rapport au Conseil de l'Europe de M. Tiuri)
30.000 américains meurent chaque année à cause des armes à feu ;
il mourrait le même nombre de personnes à cause des centrales à charbon dans ce même pays (à cause de la pollution aux particules fines notamment),
enfin plus d'un million de personnes meurent chaque année à cause de l'alcool et du tabac dans les pays développés, sans mentionner l'obésité qui se présente comme un bon challenger....
Les dégâts constatés du nucléaire civil ne sont donc pas significatifs dans l'ensemble des nuisances que nous nous infligeons et la focalisation des media sur cette forme de production d'électricité n'est pas représentative de ses inconvénients réels. Faut-il y voir un amalgame avec le nucléaire militaire, dont les avantages sont par contre nettement plus discutables ?
Sur la base des chiffres les inconvénients du nucléaire sont finalement très peu gênants à leur niveau actuel, et force est de constater qu'il y a un décalage important entre les risques réels et les risques perçus sur cette technologie.
Cela étant, généraliser à l'ensemble de la planète le niveau de consommation énergétique qui est le nôtre conduirait à une multiplication de la consommation d'énergie par 4, ce qui, même avec les sources les moins sales possibles, poserait probablement problème, comme on le verra ci-dessous.
Dans une société énergétiquement
vertueuse, nous n'avons plus droit aux ressources fossiles
Elles sont reponsables de 65% de la contribution humaine à l'accroissement de l'effet de serre, phénomène qui aura des conséquences irréversibles à l'échelle d'une vie humaine, et potentiellement dévastatrices,
Elles sont limitées : dans un monde restant fortement dépendant de cette source d'énergie, l'accès aux resources ultimes engendrera des foires d'empoigne dont on ne peut écarter qu'elles débouchent sur des conflits armés, y compris entre pays riches, ou des liens de dépendance s'assimilant à une forme d'esclavage (également y compris entre pays riches).
Il faut savoir que la prolongation tendancielle de la consommation actuelle (mondiale) de combustibles fossiles (en conservant une croissance de quelques % de la consommation chaque année) nous conduit à consommer toutes les réserves connues en 50 ans (et une partie des réserves additionnelles supposées), avec donc des tensions qui apparaîtront bien avant.
Ce raisonnement est valable quelle que soit l'énergie fossile, et s'applique donc aussi au gaz.
Nous avons droit au solaire
il est peu probable que l'on perturbe gravement le système climatique avec une production significative d'énergie solaire : la Terre reçoit chaque jour du soleil 20 fois la consommation énergétique annuelle de l'humanité toute entière (le pourcentage de ce que nous utiliserions en étant 100% solaire serait donc de l'ordre de 0,01% de l'énergie reçue). En outre, quasiment toute l'énergie solaire qui parvient au sol est naturellement transformée en chaleur (la seule exception est la photosynthèse : une fraction de % de l'énergie recue par la végétation), et l'utiliser pour chauffer des maisons ne perturberait pas significativement les cycles naturels, pas plus que de convertir l'énergie solaire en électricité - qui finit aussi par devenir de la chaleur (et la perturbation serait bien inférieure à celle engendrée par les émissions de gaz à effet de serre : il y a deux à trois ordres de grandeur de différence entre les deux !),
La source est renouvelable à l'infini (elle durera plus longtemps que notre civilisation : encore quelques milliards d'années pour le soleil ; je ne parierais pas mes petites économies que l'espèce humaine survivra sur cette durée !).
A part pour la fabrication et la fin de vie des capteurs (panneaux photovotaïques ou chauffe-eau solaires), qui peut quand même représenter une pollution non négligeable pour le photovoltaïque, le fonctionnement des dispositifs de conversion n'émet quasiment aucun déchet solide, liquide ou gazeux (et pas de bruit non plus),
Les surfaces requises pour disposer d'un appoint significatif sont compatibles avec les surfaces disponibles, même en cas de report d'une partie de la consommation d'hydrocarbures sur de l'électricité (véhicules électriques par exemple) qui engendrerait une augmentation de la consommation globale d'électricité "toutes choses égales par ailleurs". Par contre des avancées technologiques - en vue - sont encore nécessaires avant que les rendements nets (c'est à dire l'énergie produite par un panneau sur sa durée de vie moins l'énergie consommée par la fabrication du même panneau) soient bons.
Cette forme d'énergie permettrait aux pays du tiers monde, qui disposent de zones généralement mieux insolées que chez nous, de disposer d'une puissance par habitant très significative - et donc de se "développer" - en émettant peu de CO2.
Nous avons un peu droit à l'hydraulique
La source est renouvelable à l'infini, puisqu'il s'agit d'un dérivé de l'énergie solaire,
Le fonctionnement normal n'émet quasiment aucun déchet (solide, liquide ou gazeux), et pas de bruit,
Une certaine forme de production décentralisée est possible par le biais de micro-centrales (mais le potentiel est limité),
Par contre cela requiert des infrastructures lourdes (les barrages) dont l'implantation est traumatisante pour l'environnement (innondation de fonds de vallées, déplacement de populations, impact sur les populations piscicoles, etc), et qui peuvent causer des accidents graves (quelques ruptures de barrage ont provoqué plus de 2000 morts),
le nombre de sites éligibles n'est pas infini.
Si en outre ces barrages servent à l'irrigation cela peut conduire à des impacts écologiques locaux très forts (cas de la Mer d'Aral qui a vu sa taille divisée par 2 à la suite des prélèvements pour l'irrigation) mais cela est une conséquence de la gestion des ressources en eau, non de la seule politique énergétique.
Nous avons droit à la biomasse, mais pas
dans n'importe quelles conditions
La source est renouvelable à l'infini, puisqu'il s'agit aussi d'une certaine manière d'un dérivé de l'énergie solaire, mais à condition de replanter. Si elle représente actuellement entre 10 et 15% de l'approvisionnement énergétique mondial, la biomasse n'est pas, aujourd'hui, dans la majeure partie des cas, une énergie renouvelable : elle correspond à l'usage comme bois de feu des arbres issus de parcelles défrichée pour l'agriculture. Si il n'est pas replanté, le bois conduit aussi à des émissions massives de CO2 ! (tableau ci-dessous).
émissions de CO2 en g/ kWh (analyse du cycle de vie) charbon 800 à 1050 suivant technologie
cycle combiné à gaz 430
nucléaire 6
hydraulique 4
biomasse bois 1500 sans replantation
photovoltaïque 60 à 150 (*)
éolien 3 à 22 (**)
Source : EDF, in La Jaune et La Rouge de Mai 2000, Jean-Pierre BOURDIER
(*) le CO2 provient surtout de la fabrication des cellules des panneaux. Suivant que ces panneaux sont fabriqués au Danemark (électricité à 95% charbon) ou en Suisse (électricité majoritairement nucléaire et hydraulique), le contenu en CO2 est très différent. L'amortissement se fait en 20 à 30 ans suivant les variantes.
(**) suivant lieu de fabrication, idem ci-dessus.
Certaines filières, notamment l'obtention de carburants liquides, nécessitent d'importantes surfaces agricoles, ce qui ne permet pas d'espérer un approvisionnement significatif au regard de notre consommation actuelle d'hydrocarbures, et en outre le bilan et de certains biocarburants est négatif sur les émissions de gaz à effet de serre (soit ils demandent des consommations intermédiaires d'énergie qui sont supérieures à l'énergie restituée par le biocarburant, soit les biocarburants conduisent à des émissions de méthane et de protoxyde d'azote très supérieures à ce qu'elles sont avec les caburants fossile).
l'utilisation comme bois de chauffe offre des possibilités certaines, même dans un pays comme le nôtre, mais il faut alors moins manger de viande ou se passer de bois d'oeuvre.
Enfin selon les usages le bilan peut être mauvais pour l'effet de serre : par exemple pour certains carburants d'origine agricole une réduction des émissions de CO2 par rapport aux fossiles peut être concommittante de l'augmentation d'autres gaz à effet de serre (protoxyde d'azote, méthane) dont les pouvoirs radiatifs sont nettement plus importants que ceux du CO2 ; le bilan global est alors plus mauvais que celui des carburants fossiles.
Nous avons droit au nucléaire, au moins dans
les sociétés possédant une bonne culture
de la discipline collective
Les réserves d'uranium sont limitées, mais avec la surrégénération (soit avec du plutonium, ou mieux avec du thorium), même en supposant que le nucléaire passe de 5% (pourcentage actuel de l'énergie consommée dans le monde d'origine nucléaire) à 100%, nous disposerions de plusieurs milliers d'années de consommation devant nous (l'horizon de visibilité des hydrocarbures est de quelques dizaines d'années, toute considération sur les émissions de CO2 mise à part).
Les déchets produits sont solides et liquides, et très concentrés, donc confinables, ce qui n'est pas le cas des gaz à effet de serre,
La quantité de déchets produites par kW, qui n'est déjà pas considérable, peut être diminuée,
Les occupations d'espace requises ne sont pas colossales, même pour une utilisation durant quelques siècles,
Le problème de la sécurité est objectivement un faux problème en temps de paix (cf. ci-dessus), au moins dans les pays riches (qui consomment 80% de l'énergie),
La prolifération (utiliser les technologies nucléaires à des fins militaires) est pour le coup un vrai problème, mais qui a peu à voir avec le nucléaire civil : 80% de l'énergie étant consommée dans les pays riches, qui ont déjà la bombe ou la capacité à l'avoir, le fait que ces pays augmentent leur parc de centrales (USA, Japon et Allemagne en tête) n'a (hélas !) plus aucune incidence sur la prolifération nucléaire. En outre un certain nombre de pays "pauvres", dont les 2 premiers en termes de population (la Chine et l'Inde) ont déjà la bombe, donc la prolifération pour ce qui les concerne est un problème tranché (on peut le déplorer, et du reste je déplore qu'une arme aussi terrible soit devenue aussi répandue, mais c'est ainsi, et l'on ne refera pas l'histoire ; renoncer au nucléaire civil avec l'espoir que du couup tout le monde renoncera aussi au nucléaire militaire me parait être une illusion).
Par contre le nucléaire civil pose quand même quelques problèmes :
avec les technologies actuelles (utilisant des noyaux fissiles) l'horizon de ressources n'est que de quelques centaines d'années pour une contribution de 5 à 10% au bilan énergétique mondial (en supposant que la consommation mondiale n'augmente pas),
il requiert une société stable et disposant d'un minimum de moyens (Tchernobyl est plus un accident soviétique qu'un accident purement technologique), car il requiert une surveillance constante des centrales et des déchets, ce qui est un inconvénient dans les pays qui n'ont pas de culture forte de la sécurité (mais ces pays peuvent, si le monde occidental - où cette discipline existe - se nucléarise fortement à court terme, utiliser le gaz),
on peut se demander si, en cas de conflit armé, il ne serait pas tentant pour un ennemi de bombarder les centrales pour désorganiser le pays et le priver des approvisionnements en électricité (comme ce que les Américains ont fait en Serbie, de manière plus "soft", mais tous nos ennemis futurs ne seront peut-être pas aussi prévenants), avec des effets induits potentiellement très graves (une parade pouvant être d'enterrer les centrales).
enfin une centrale nucléaire a besoin d'eau pour fonctionner (pour le refroidissement). Si le changement climatique en cours venait à assécher de manière fréquente les cours d'eau utilisés par les centrales, cela les empêcherait de fonctionner. NB : ceci a été écrit en 2001, pas en septembre 2003 !
Nous avons un peu droit à l'éolien,
mais il ne faut pas en attendre de miracles
A part pour la fabrication des éoliennes le fonctionnement n'émet quasiment aucun déchet dont la dissémination pose problème,
L'emprise au sol est en fait assez faible : le rotor se situe en altitude et n'empêche pas d'utiliser l'espace au sol pour autre chose (cultures notamment, mais aussi voies de communication...),
A titre d'exemple le potentiel récupérable est estimé, en France, à 50 TWh par an (1 TWh = 1 milliards de kWh ; la France en consomme 450 environ), soit 10% de notre production électrique actuelle (ou 2% de notre consommation actuelle d'énergie finale), mais au prix d'une consommation d'espace importante si l'on souhaite passer à un stade industriel,
Enfin l'éolien ne peut s'envisager de manière autonome, car il faut prévoir un dispositif de remplacement pour les jours sans vent. De fait ce dispositif ne peut être que de l'hydroelectricité, ou des centrales thermiques à flame (voir pourquoi sur le bas de ma page détaillée sur l'éolien).
L'énergie éolienne est probablement moins intéressante que le solaire pour les raisons suivantes :
elle partage avec le solaire le caractère intermittent de la production d'électricité, qu'il faut donc stocker si la contribution devient significative, mais ne permet pas, comme le solaire, une production directe de chaleur, dont le rendement est plus élevé que la production d'électricité,
elle cause plus de dommages au paysage,
elle requiert encore des infrastructures de transport (lignes moyennes tension), ce qui est un point de vulnérabilité du système par rapport au solaire qui n'en nécessite pas, du moins pas pour la production individuelle.
Enfin notons que le prix au kW retenu actuellement n'internalise :
ni les dommages au paysage (ni....le temps et l'énergie dépensés pour se battre contre les opposants pour ces raisons d'atteinte !)
ni les dispositifs de stockage ou les moyens de production complémentaire (alors que pour le solaire on prend en compte les coûts de stockage pour l'électrification des sites isolés).
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La consommation d'énergie primaire de la France s'est élevée à 275 Mtep en 2002, dont 40% sous forme d'électricité (graphique ci-dessous).
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Si nous ne prenons en compte que l'énergie finale, c'est à dire celle que nous utilisons "au final" (la différence vient des pertes dans le système de production et de distribution d'énergie : chaleur perdue dans les centrales électriques, énergie utilisée pour le raffinage, etc), alors c'est "seulement" 178 Mtep qu'il nous faut trouver.
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Sans beaucoup toucher à notre mode de vie,
nous pouvons assez facilement diviser notre consommation par deux
En effet les "meilleures technologies disponibles" de 1995 permettraient déjà, si elles étaient appliquées à chaque usage, de diviser notre consommation par deux (cf. tableau ci-dessous).
(*) kep signifie kilo equivalent carbone ; 1 kep = 11,6 kWh. (+) il s'agit du nombre de kg équivalent carbone émis pour chaque usage en moyenne pour un Français utilisant les meilleures techniques disponibles. (**) en 1995 les émissions de CO2 sont de 1900 kg équivalent carbone par habitant |
Si nous arrivions à diviser notre consommation par deux, ce qui nous amènerait à moins de 100 Mtep d'énergie finale, nous pourrions imaginer la répartition suivante pour la fourniture de cette énergie, qui serait compatible avec les postulats de départ :
que le solaire couvre 20 à 30% de notre consommation énergétique, en mode décentralisé pour l'essentiel (un dispositif de chauffage solaire basse température par bâtiment + à moyen-long terme un toit photovoltaïque sur chaque bâtiment ou à peu près),
la biomasse 10 à 20%, surtout pour le chauffage (pour la part non couverte par le solaire),
l'hydraulique (qui fait déjà 15% de l'électricité en France) peut rester à son niveau, e qui représenterait 6 à 7% d'un total inférieur à 100 Mtep,
l'éolien pourrait faire quelques % de l'électricité, mais son intermittence pose problème pour aller au-delà sans mettre des centrales à gaz partout,
le solde (soit entre le tiers et une petite moitié) pourrait être produit par du nucléaire, en attendant éventuellement qu'à long terme un solaire rendu plus efficace (et surtout un stockage plus efficace !) en prenne le relais (mais n'attendons pas les progrès du solaire : mieux vaut le nucléaire que le pétrole !).
A long terme, nous ne dépendrions plus que du solaire et de ses dérivés et du nucléaire civil (ou, idéalement, de la fusion), avec les avantages suivants :
ressources inépuisables ou quasi-inépuisables à l'échelle de l'espérance de vie de notre espèce,
compatibilité avec les besoins en énergie de la population,
moindre compétition pour les approvisionnements (le thorium est très abondant, et l'hydrogène - pour la fusion - encore plus) et donc moindres risques de conflit,
pas d'effet de serre additionnel,
robustesse (moins de lignes de transport car la partie décentralisée ne se transporte pas), etc.
Notons aussi qu'un monde "énergétiquement vertueux" est un monde où l'énergie primaire disponible est essentiellement électrique, sauf pour la partie chauffage.
Et
la pile à combustible ?
La pile à combustible est en fait un moyen de transformer un carburant en électricité. Elle n'est donc ni plus ni moins "propre" que le carburant utilisé (et la manière de le produire). En particulier, si l'hydrogène qui alimente la pile provient d'un hydrocarbure, ce qui est généralement le cas (l'hydrogène est un produit de l'industrie chimique obtenu par craquage du méthane) l'ensemble de la chaine émet du CO2, à peu près autant que si on brûlait l'hydrocarbure directement dans un moteur classique. Le rendement de filière est un peu meilleur que dans un moteur à explosion et on supprime les polluants locaux (particules, hydrocarbures aromatiques, oxydes d'azote, etc).
C'est donc une innovation technique intéressante, mais très loin d'être une "solution miracle" sous sa forme actuelle, car elle ne résoud pas pour le moment le problème de l'approvisionnement en combustible fossile ni en émissions de CO2.
La seule manière d'en faire une solution réellement propre (sur le plan climatique) est de l'alimenter avec de l'hydrogène produit
soit par électrolyse de l'eau, électrolyse réalisée avec du nucléaire, ou à la rigueur des éoliennes ou du solaire,
soit par thermolyse de l'eau dans des centrales nucléaires haute température. (la thermolyse est la dissociation des atomes d'une molécule sous l'effet de la chaleur ; si on dissocie H2O on obtient de l'hydrogène et de l'oxygène, comme avec l'électrolyse).
On pourrait aussi imaginer craquer de l'eau dans le Sahara avec du solaire à concentration pour y faire de l'hydrogène acheminé ensuite comme du gaz naturel (mais le rendement du transport serait très mauvais, parce que l'hydrogène a une faible densité d'énergie par unité de volume), ou installer des batteries d'éoliennes sur le Groenland dans le même esprit (mais il faudrait en mettre une certaine quantité !).
Dans le cas du solaire, une pile pourrait servir comme dispositif de stockage personnel, par exemple couplée à un panneau solaire (du reste les spécialistes du solaire n'envisagent pas de développement significatif de cette forme de production sans développement d'un dispositif de stockage performant) : l'électricité produite en dehors des périodes de consommation peut servir à produire - avec une pile à combustible réversible - de l'hydrogène qui est stocké puis utilisé comme carburant par la même pile pour les consommations en périodes non ensoleillées.
Un développement plus long sur la pile à combustible peut se trouver sur ce site web.
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L'énergie
fossile peu chère ou d'utilisation libre
Appelée à ne plus être utilisée, ou seulement dans quelques cas marginaux, l'énergie fossile devrait coûter très cher et/ou être d'un usage réglementé. Il est donc vraisemblable que des taxes massives et/ou des réglementations spécifiques pèseraient sur cette forme d'énergie.
Le
transport aérien démocratique
Le carburant consommé par personne, lors d'un vol, est équivalent à ce que cette même personne consommerait en parcourant la même distance seule dans une voiture de petite cylindrée (ou de moyenne cylindrée pour les déplacements court-courrier, le décollage étant proportionnellement plus gourmand en carburant).
Ainsi sur un vol aller retour Paris-New York, soit 12.000 km, chaque passager (si l'avion est plein) "consomme" entre 700 et 1.000 litres de carburant, ce qui équivaut presque à la consommation annuelle d'un détenteur de Clio.
Cette forme de transport augmente actuellement de 5% par an (enfin cela dépend des années, mais c'est la forme de transport qui croît le plus vite). Les émissions de CO2 engendrées par le seul trafic international équivalaient en 1992 à celles de la Grande-Bretagne, et en prolongation tendancielle elles pourraient représenter, en 2050, jusqu'à une fois et demie ce qu'émettent actuellement les USA (ce qui ferait l'équivalent de 40% des émissions de CO2 du monde entier en 1990).
Ce problème est tellement important que le GIEC a publié un rapport en 1999 portant uniquement sur le problème du transport aérien.
Par ailleurs il n'existe pas d'alternative à l'utilisation de carburants chimiques pour l'avion (l'électricité ne fonctionne pas très bien !). On pourrait peut-être garder quelques avions hors de prix fonctionnant à l'hydrogène, ou avec des carburants de synthèse obtenus avec de l'hydrogène et/ou de la biomasse, mais la fraction de l'humanité qui pourrait en profiter diminuerait sérieusement.
La "vertu énergétique" est donc incompatible avec le développement actuel du transport aérien, dont une très forte diminution (plus proche de 90% de baisse que de 5% !) - avec utilisation de carburants issus de la biomasse pour le reliquat - en serait probablement une composante indispensable.
D'une
manière générale la faculté de se
déplacer vite, à volonté et pour pas cher
Se déplacer vite consomme beaucoup d'énergie (cela découle des lois de la physique !). De fait l'avion est plus gourmand que la voiture, qui est plus gourmande que le train (et va en moyenne plus vite de porte à porte), qui est plus gourmand que le bateau, qui est plus gourmand que le vélo...
Par ailleurs se déplacer à volonté requiert des moyens de transport surdimensionnés par rapport aux besoins courants : pour être sûr de ne pas avoir de problème le jour du départ en vacances, avec ses 3 enfants, la grand'mère et la canari, on achète une voiture à 5 places utilisée en moyenne par....1,5 personne, ce qui est d'un rendement énergétique déplorable
Dans le cas de la ville (où réside 80% de la population en France, par exemple) le rendement énergétique de la voiture est de toute façon très mauvais face aux alternatives : on va aussi vite en vélo - qui pèse 15 kg tout au plus - qu'en voiture - qui pèse une tonne - sur les distances inférieures à 5 km, et cela pour promener les mêmes 70 kg de bonhomme.
En tenant compte de l'alimentation supplémentaire du cycliste (qui reste quand même plus mince que l'automobiliste, voir ci-dessous) le passage dela voiture au vélo permet une division par 40 de l'énergie nécessaire au déplacement (à distance égale).
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L'écart entre modes est encore plus important si l'on regarde les émissions de gaz à effet de serre
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En supposant que l'on ne conserve que les moyens de transport les plus efficace énergétiquement, dans un tel monde "énergétiquement vertueux" subsisteraient :
le train et le bateau pour les déplacements lointains (qui prendraient plus de temps, exactement comme il y a quelques siècles, quand l'énergie était rare),
essentiellement le métro, le bus, quelques voitures partagées (taxis inclus) et quelques camions en zones urbaines denses,
le bus, des voitures collectives partagées et quelques camions en zones urbaines moyennement denses,
des véhicules légers - ou des taxis - en zones rurales,
des moyens non motorisés (vélos, marche à pied, rollers, éventuellement "patinettes électriques") pour les déplacements de proximité (disons inférieurs à quelques km), quelle que soit la zone.
Cette nécessité de faire avec moins de transport que maintenant engendrerait logiquement l'adaptation de l'urbanisme et de la société à une vie peu riche en transports :
Il est vraisemblable que les villes seraient globalement plus denses que maintenant (ou en tous cas pas plus étalées), la zone urbaine la plus vertueuse sur le plan énergétique étant la zone dense (cf. ci-dessous),
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les zones peu denses des villes ne pourraient subsister que si on y trouvait tout sur place (ce qui était du reste le cas lorsque l'énergie était rare !), c'est à dire à distance cyclable ou marchable (les transports collectifs lourds ne sont déjà pas rentables en zone peu denses, ce serait vrai a fortiori si l'énergie coûtait plus cher) ou...via les réseaux (télétravail notamment). Cela équivaudrait à recréer des villages assez fortement autarciques en termes de fréquentations physiques.
enfin les produits renouvelables de première nécessité se trouvant à la campagne (de quoi manger, du bois pour se loger, et un peu d'espace pour faire son électricité) il n'est pas interdit de penser qu'une société énergétiquement vertueuse serait une société sans grosses villes : concentrer les populations dans des grandes villes implique nécessairement du transport longue distance pour y amener tout ce que les gens consomment et qui, par la force des choses, ne peut être produit sur place (ainsi que de l'énergie pour disperser ensuite tous les déchets produits). Du reste avant l'énergie abondante la population était essentiellement répartie dans des petites implantations unitaires (qui pouvaient elles-même être très denses : dans les vieux villages, les maisons sont souvent collées les unes aux autres), ce qui est un début de preuve du fait que c'est cette forme d'occupation de l'espace qui est la plus efficace énergétiquement pour la société dans son ensemble.
Des
hypermarchés loin de toute habitation
Diverses études montrent que les hypermarchés de périphérie sont nettement plus consommateurs d'énergie par unité de CA vendue que les commerces de centre ville, ce qui est la conséquence de leur éloignement des lieux d'habitation et de l'obligation d'y aller en voiture. La "vertu" énergétique n'est donc pas compatible avec cette forme de commerce, qui disparaîtrait dans notre monde virtuel.
Des
produits manufacturés - et certains services - peu chers
Si l'on y réintègre les transports et consommations tertiaires afférentes (chauffage des bâtiments, etc), l'industrie et ses services annexes consomment, dans les pays industrialisés, une grosse moitié de l'énergie utilisée (cf. ci-dessous).
(1) production de matériaux de base : acier, verre, papier, etc. (2) estimation personnelle : les déplacements professionnels de personnes consomment environ 30% du total de ce poste. NB : la consommation d'énergie en 1999 était de un peu moins de 215 Mtep. |
La production de matériaux de base (acier, verre, plastique, ciment, papier), en particulier, absorbe les 4/5è de la consommation de l'industrie, la transformation de ces matériaux étant nettement moins gourmande. En outre quasiment tous les procédés de production de matériaux de base sont difficiles à effectuer sans production de chaleur haute température, donc sans combustion. Une forte réduction de la consommation énergétique suppose donc une bien moindre utilisation par personne de ces matériaux de base.
Il s'ensuit que les produits manufacturés en général et tout particulièrement les produits jetables verraient leur coût relatif augmenter, et que la consommation en poids de produits par habitant décroîtrait. La location se développerait au détriment de la possession.
Des
emballages jetables
En conséquence de ce qui précède, la sobriété énergétique est incompatible avec la prolifération des emballages jetables, qui contribue à gaspiller les matériaux de base. Un tel monde verrait donc, par exemple :
le retour du pulvérisateur et la disparition des bombes aérosol jetables,
le retour des sacs et cabas et la disparition des sacs en platique jetables,
le retour des bouteilles réutilisables et la disparition des bouteilles en plastique, canettes en alu, etc,
la suppression des emballages inutiles pour aliments, omniprésents actuellements en grandes surfaces (viande en barquettes, pommes de terres en sachet plastique lui-même dans un carton, etc),
une consommation de papier fortement diminuée...
La
construction de maisons individuelles peu chères
Les techniques actuellement utilisées pour construire une maison requierrent de la combustion fossile peu chère :
les producteurs de matériaux de base : ciment, acier, plastique, verre, sont de très gros consommateurs d'énergie et de très gros émetteurs de gaz à effet de serre,
transporter ces matériaux, qui sont généralement lourds, sur de longues distances requiert des transports peu chers et donc de l'énergie peu chère.
Dans un contexte ou la combustion fossile aurait quasiment disparu et la combustion de biomasse ne permettrait pas de s'y substituer totalement il faudrait probablement revenir à des matériaux traditionnels (pierre de taille, bois) dont le coût à la construction est supérieur.
Des
lieux d'habitation très chauffés en hiver et très
climatisés en été
Tout cela consomme de l'énergie ! Baisser (en hiver) d'un degré la température intérieure d'un local peut faire économiser 7% de la consommation...
Beaucoup
de viande
La production de viande n'est pas une bonne affaire sur le plan des gaz à effet de serre (ni sur le plan de l'eau) :
la production d'une tonne de viande de boeuf (avec os) engendre l'émission de 3 à 4 tonne équivalent carbone, soit autant que pour 6 à 8 tonnes d'acier ! Il n'est pas exagéré de dire qu'aujourd'hui nous mangeons du pétrole, car il faut une agriculture intensive pour produire toutes les plantes qui nourriront le bétail, et cette agriculture intensive requiert de la mécanisation et des engrais de synthèse, toutes choses qui n'existeraient pas en pareille quantité sans pétrole. Rappelons qu'en France, en 1998, les émissions de gaz à effet de serre de l'agriculture dépassent celles des transports.
il ne faut que 500 1 d'eau pour produire 1 kg de pommes de terre, mais il en faut 20.000 à 100.000 pour produire 1 kg de boeuf à partir de fourrages irrigués (il faut environ 50 kg de fourrages/céréales pour faire un kg de viande de boeuf avec os).
Il sera peut-être intéressant de rappeler que la consommation de viande en France a cru exactement comme la consommation d'énergie : elle est passé de 20 kg/habitant/an en 1800 à 100 aujourd'hui.
En
particulier, des McDo !
Outre le fait que les McDo sont de gros "consommateurs" de viande de boeuf (mais les hippopotamus sont pires !), un certain nombre d'autres caractéristiques de ces "restaurants" sont antinomiques de la vertu énergétique :
80% des 800 nouvelles implantations prévues de McDo sont des McDrive (source Les Echos d'avril 2000), situées en périphérie et incitant les gens à y aller en voiture,
pour un hamburger acheté chez McDo, on jette généralement un emballage en polymère, dont la fabrication est coûteuse en énergie, plus un sac en papier, dont la fabrication est aussi coûteuse en énergie,
tous leurs produits arrivent congelés, or la chaîne du froid est une source de gaz à effet de serre (à travers les émissions d'halocarbures et la consommation d'énergie).
Les anti-McDo pourront donc à bon droit y voir une chose à leur reprocher : ils sont très loin d'inciter à la modération des émissions de gaz à effet de serre !
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Plus
d'emplois
Le système économique actuel comporte de nombreux prélèvements sur les salaires (pour les retraites, la sécurité sociale, etc) et peu de prélèvements sur l'énergie (avec une exception pour l'énergie des transports en France).
Devenir sobre énergétiquement implique nécessairement de détaxer le travail et de taxer l'énergie (voir par exemple La Jaune et La Rouge de 1998, fiscalité et environnement). Le travail étant moins taxé, il se créerait plus d'emplois, probablement essentiellement dans les catégories d'emplois peu qualifiés.
Des résultats partiels d'études sectorielles étayent cette (hypo)thèse :
certaines études montrant que les hypermarchés de périphérie urbaine sont deux fois plus consommateurs d'énergie par unité de CA vendue que les supermarchés de centre-ville montrent aussi que lesdits hypermarchés sont aussi ... deux fois moins inducteurs d'emploi dans l'économie par unité de CA vendue, ce qui semble accréditer la thèse que "contenu en énergie élevé" et "contenu en emplois élevé" sont ici antagonistes,
Une étude de l'INRETS a également montré que le déplacement d'un voyageur sur un kilomètre en automobile consomme deux fois plus de pétrole et crée deux fois moins d'emplois que le même déplacement en bus.
Une étude plus complète de l'Oko-Institut (en Allemagne) aboutit à la conclusion que de pénaliser le transport automobile, ce qui est favorable à la baisse des consommations énergétiques, crée 2,5 fois plus d'emplois qu'il n'en détruit (on peut télécharger ici le résumé de l'étude au format PDF)
Dans un autre registre, une étude (publiée dans les Echos mais je ne me rappelle plus la source) a montré que l'agriculture bio était plus riche en emplois que l'agriculture traditionnelle à production égale.
Une étude partielle (citée soit dans Les Echos, soit dans Libération, soit dans Le Monde durant l'été 2000, mais je n'ai pas conservé l'article...) indique que la desserte d'une localité par une autoroute peut s'avérer être une mauvaise affaire pour l'emploi dans les petites entreprises et l'artisanat (concurencés par les grosses entreprises lointaines, utilisant beaucoup de machines et d'énergie) ainsi que pour l'emploi local (concurrencé par la main d'oeuvre lointaine à bas prix).
Moins
de bruit
Le bruit est en grande partie causé par l'utilisation de l'énergie, que ce soit des transports, des usines, des engins de chantier, etc. Un monde plus sobre énergétiquement serait très vraisemblablement beaucoup moins bruyant que notre monde actuel. En Europe, 22% de la population est exposée au bruit des transports à un niveau qui dépasse 65 dBA de jour (source INRETS).
La voiture et les camions se taillent la "part du lion" dans ces nuisances : 90% des gens qui se plaignent du bruit des transports en France incriminent le bruit de la route.
Moins
de pollution locale
Une bonne partie des polluants locaux sont associés à l'utilisation de l'énergie fossile, que ce soit dans les voitures, dans les usines, ou dans les centrales électriques à charbon, à pétrole ou à gaz : NOx (oxydes d'azote), SO2 (dioxyde de souffre), CO (monoxyde de carbone), O3 (ozone), hydrocarbures divers, dérivés benzénés, particules, etc,
Une autre partie des polluants locaux dérive de l'utilisation de la voiture, sans être directement dérivés de la combustion : poussière des routes, usure des composants de la voiture (pneus, garnitures de freins, etc) notamment.
Dans un monde où il y aurait moins de combustion (car les combustibles renouvelables ne peuvent totalement substituer les combustibles fossiles, sinon cette assertion est fausse, car un feu de bois c'est une grosse cigarette !) et moins de véhicules particuliers, il est fort probable que ces deux sources de pollution seraient nettement diminuées (à niveau technologique constant, bien sûr).
Moins
de congestion
La congestion provient essentiellement de l'utilisation d'un grand nombre de moyens de transport individuels. Si les transports deviennent essentiellement collectifs ou individuels légers (vélos, rollers, etc), une bonne partie de la congestion disparaîtra. Par contre faire des voitures électriques en nombre égal aux voitures à moteur à explosion n'influe en rien sur ce problème.
En outre la congestion se produit essentiellement dans les très grandes agglomérations, dont l'existence même n'est pas compatible avec la vertu énergétique, puisque la vie n'y est possible qu'en important toutes les denrées de première nécessité "d'ailleurs", avec du transport longue distance à la clé.
Probablement
moins de stress
Le "toujours plus vite, toujours plus gros" qui gouverne actuellement l'économie des pays riches étant le moteur essentiel de l'augmentation des consommations énergétiques, consommer nettement moins d'énergie ne permettrait plus cette démarche. Or une partie du stress actuel est lié à ce "toujours plus vite". Il est bien connu qu'en vacances on "prend son temps", etc.
Une société énergétiquement vertueuse nous mènerait donc probablement, comme produit dérivé, un peu moins de stress.
Notons par ailleurs, en liaison avec le § précédent, que la criminalité en France est corrélée au pourcentage de la population habitant dans des grandes villes.
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Une population répartie de manière plus homogène sur le territoire serait donc peut-être moins criminogène, ce qui peut être considéré comme le reflet d'un peuple globalement plus heureux de ses conditions de vie. Dans la même veine, on peut aussi noter que remplacer l'énergie par de l'huile de coude (qui est une des composantes de l'affaire, voir plus bas) fatigue, et quand on est fatigué, l'envie de faire le Zouave tend à diminuer !
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Une
gestion décentralisée de l'énergie
Une partie significative des apports énergétiques provenant de renouvelables dans un tel monde, qui ne sont intéressantes que si elles sont produites localement, nous aurions tous un dispositif local de production net de gestion de l'énergie (panneau solaire, chaudière à bois en milieu rural, éolienne parfois comme au bon vieux temps du far-west, pile à combustible réversible comme dispositif de stockage, régulation optimale par site, etc).
Le réseau serait autant là pour lisser les disparités que pour acheminer l'énergie.
Plus
de télécommunications ?
On peut penser qu'une société énergétiquement vertueuse nécessiterait un report du déplacement des objets et personnes vers le déplacement des informations. Cela requiererait donc des infrastructures de télécommunications importantes, et le télétravail se développerait peut-être.
Mais pour l'heure ces infrastructures servent à obtenir plus de services tout en se déplacant physiquement autant : j'achète une bouteille de vin chez Houra, puis mon lait chez Télémarket, puis un livre chez Amazon, mais je continue d'aller au supermarché pour le reste à la même fréquence, ou j'en profite pour aller voir mes parents en voiture...
Cela correspond alors à une augmentation de la dépense énergétique par individu, même si l'intensité énergétique de chaque service pris isolément peut effectivement décroître dans un tel contexte.
Notons aussi que le premier effet des infrastructures de télécommunications est d'ouvrir une fenêtre sur le monde, ce qui élargit le référentiel d'un individu et peut lui donner envie de consommer des choses dont il n'avait pas envie avant.
Enfin utiliser moins d'énergie suppose d'utiliser plus d'huile de coude : actuellement on peut mettre 70% de la population dans des bureaux parce les 30% restant peuvent, grâce à des machines, produire les biens matériels que nous utilisons. Mais en 1900, quand la consommation d'énergie par habitant était le dixième de ce qu'elle est aujourd'hui, 80% de la population était aux champs, donc travaillait avec ses mains.
Si la consommation d'énergie diminue, ne verrait-on pas certain retour au travail manuel, qui n'a pas vraiment besoin d'infratructures de télécoms pour prospérer ?
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